Derrière les immeubles, il doit y avoir un magnifique coucher de soleil, à en juger de la couleur qui s'échappe sur les toits. Comme un léger brouillard. Alors je suis de bonne humeur, et les vacances de février ont commencé pour d'autres; ça me rappelle des révisions inconséquentes qui se finissaient sur la table de la cuisine, à faire trembler les pots de confiture, les soirées où on se pendait au plafond, les tempes à peine gonflées d'alcool. Et on n'était que des enfants.
Une poussée nostalgique plus tard, la réponse à mon texto fait bip bip, t'es qu'une grosse garce, t'acharne plus ça sert à rien; va te faire mettre. C'est un pari inhabituel pour un dimanche de sobriété, je rappelle, et huits répondeurs plus tard, c'est Alice qui répond.
- Oui Clémentine.
La politesse de sa voix finit par se muer en rage après quelques dix minutes de questionnements, la fille qui m'a piqué mon mec est en train de m'expliquer qu'elle souhaiterait que je ne m'approche plus d'elle, ni de ses proches, parce que je suis néfaste, parce que j'ai dit des choses à Deniz, des choses dont elle ne parlera pas mais qui, apparament, semblent bien plus graves que les quatre mois que j'ai passé à coucher avec lui au début de leur relation, que les baisers volés au hasard des fêtes de fin d'année, que les mains au culs et les secrets. La chose est un mail, un mail terrible, que moi, excécrable personne, j'ai du taper, à en croire son état au bout du fil, dans un but vicieux, pervers et cruel.

Quand elle me raccroche au nez, parce qu'elle était un peu gonflée, quand même, de me demander de ne pas voir son mec que je ne désire plus, alors qu'elle m'a fait pleurer et supplier pendant des mois de ne pas me faire cette blessure là, quand je me retrouve à parler dans le silence du combiné, je m'assois et je commence à avoir une sévère crampe à l'estomac en questionnant ma possible bipolarité. Les médecins en ont parlé. Altération de la perception de la réalité. Dysfonctionnements sociaux et comportementaux. 

Quand même. J'épluche ma boîte mail.

Good for you! I would very much like to swing by, maybe on friday? I'm glad you figured out something with Alice, it really wasn't healthy. Stop having a bad opinion of yourself and if you want to cheat on her, do it for real. World is full of sexy, willing girls.


Ah oui. Non mais ça je le pense ma petite. Mes condoléances.

 

Rassurée par mon état mental, qui finalement ne se résume qu'au partage outrancier de mon opinion sur le monde qui m'entoure (plus communément appelé: méchanceté), je vais me coucher, et deux jours plus tard, il l'a quittée. Deniz, je lui ai donné tellement d'amour, je le connais tellement bien, je le déteste de façon tellement masochiste, c'est à dire tout à fait plaisante pour quelqu'un en schéma d'autodestruction, qu'au final, j'ai juste envie qu'il soit heureux, trois gosses au cou, diplômé de l'ens et avec une femme à en tomber par terre, avec qui on pourrait faire un plan à trois vers l'âge de quarante ans. Alors je lui demande si il est sur, si il a fait le bon choix, je l'oblige à ravaler sa rage post rupture et ses mots trop gros pour être appliqués à une personne d'aussi petite taille; et puis on boit du vin douteux, qui me monte vite à la tête, avec cette phrase vieille de deux ans et demi, "Je crois que quand ils se sépareront, je me prendrai la plus grosse cuite de ma vie.".

Au final, je suis faite mais j'ai vu pire, je ne ressens aucune envie de me finir à la vodka et je rentre chez moi vers deux heures du matin en répondant à voix haute aux voix que j'entends depuis le début des antidépresseurs. Encore dans mon lit quand mon Lou vient embrasser mes lèvres violettes, c'était bien bébé?

Pleine de bon karma, je passe deux semaines à chantonner que la revanche est un plat que je ne mange pas. Et puis en relisant nos lettres, je tombe sur cette phrase que je préfère: that's the way to absolution clementine. You have to sin. 

Alors, en guise d'amuse bouche: ne t'avise plus jamais, jamais de jouer à la plus forte avec moi. Je gagne toujours et c'est surement pas de toi que je veux pour exception qui confirme la règle.

Baci Baci ma Lili.

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J'ai bu du moelleux, du gin et de la bière. C'est mardi soir et noir désir, je ne veux que du noir, partout, sur mes murs et sur mon corps, sur mes doigts et en dedans, je veux hurler. JE VEUX HURLER JE VEUX HURLER. Deja deux semaines, déjà plus, déjà l'infini que j'attends de pouvoir laisser voler les voix que j'entends depuis novembre, depuis 2004, depuis 1995, les laisser m'éclater, une fois pour toutes me faire baiser. Laisser partir la gerbe, laisser partir l'espoir, laisser partir ma mère, je voudrais que tout disparaisse et s'évanouisse en un claquement de doigts comme si je n'existais pas, comme si je n'avais jamais été capable de faire, de jouir, de chanter, de mourir. Je voudrais qu'on me laisse crever, je voudrais ne plus rien devoir à personne, ni à toi, qui m'a tant frappée, ni à toi, qui m'a tant fait attendre, ni à Dieu, ni à mon frère, je ne vous dois rien, je ne vous dois rien, alors laissez moi, laissez moi. J'aurais du la casser, la bouteille de Jack Daniels, l'éclater contre le carrelage, me laisser mourir sur ses éclats de verre en respirant les dernières volutes d'alcool en me laissant évaporer corps à corps contre le mur, corps à cul contre le sol, malade de n'avoir pu t'aider, folle de ne pas avoir pu t'aimer, jusqu'au bout. Chaque jour un peu plus votre mort me ronge, je m'étais promis d'aller au delà, de vivre et de porter, et pourtant, ça me transperce, j'aurais voulu caner avec vous, oublier, ne plus avoir à assumer ce monde que vous m'avez laissé, ces foutaises que vous m'avez apprises, ces foutaises que j'ai appris, alors je bois, je bois pour m'étourdir, je bois pour tomber, pour un jour par hasard m'éclater la tête contre le trottoir, pour un jour comme par hasard tomber sans éclaboussures et m'évanouir dans le chagrin, je suis dépressive depuis que tu m'as quittée, je sais, je sais, j'essaie de vivre, j'essaie surmonter, de courir, de respirer, mais c'est tellement dur sans toi, quand tu ne me tiens pas, c'est le vide, c'est l'envers, c'est le vertige, je tombe sans arrêt, et je ne sais même plus comment la chasser, l'envie de me tordre le cou dans les escaliers, de sauter nue par la fenêtre, de me percer la veine, de me déchiqueter l'estomac, je ne sais pas, et si ça arrive, pardonne moi, je ne t'en veux pas, laisse moi partir, laisse moi l'écrire, personne ne t'oubliera, en tout cas je serai là, et je saurai mordre assez fort jusqu'à ce que tu ne sentes plus la douleur, comme avant, comme avant, pardonne moi, PARDONNE MOI.

Je grimpe au rideaux, je renverse la pièce, je mords les coussins,
déhanché contre son bassin;
il me tient au cou et appose bouche sur dos, je crie Lou,
mon exquis delirium tremens,
my own personal romance.

Les mains pleines de peinture et la pupille à ressort, elle fait trainer son doigt dans la poudre du cacheton qu'elle vient de broyer, le mélange au blanc cassé de la palette en bois et s'agite à en faire trembler la toile. Endormie par nos longues heures de défonce hyperactive, je la regarde en coin du canapé,
- Qu'est-ce que tu fais?
- Je peins ton nez.
Les bretelles de son soutien gorge se sont depuis longtemps laissé glisser le long de ses épaules maculées, elle s'en est foutu partout; on ne distingue même plus ses taches de rousseur. Je crois que c'est moi qui ai trouvé amusant de la déguiser en indien azuré. 
C'était la deuxième fois qu'on me peignait. Il y avait eu Papa et sa main trop lourde sur mon profil; j'avais été soufflée par le portrait, que, bien plus tard, j'ai foutu au feu. 


Il semblait adéquat de brûler celui là. C'est dommage; je suis jolie les jambes écartées.

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